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Si l’on réfléchit à ce qu’on veut fondamentalement, on peut généralement le résumer comme suit: un bonheur durable. La triste réalité, toutefois, est que la façon dont on s’y prend ne fonctionne pas souvent. Voici 6 raisons qui pourraient l’expliquer:

 

1. Nous poursuivons le mauvais type de bonheur

Le bonheur que la plupart d’entre nous connaissons est le bonheur conditionnel. Nous sommes heureux lorsque la vie coopère: quand on a ce qu’on veut, quand on a raison, quand les personnes que nous apprécions se portent bien, quand notre corps va bien et paraît bien, quand on est en santé; bref, quand les choses vont bien. Ce type de bonheur dépend de circonstances externes. L’une des principales raisons pour lesquelles nous recherchons ce type de bonheur est parce que la société dans laquelle nous vivons nous encourage à posséder ce que l’on veut et à nous débarrasser de ce qu’on ne veut pas. Nous passons le plus clair de nos vies à poursuivre les conditions qui nous ferons nous sentir bien et à éviter celles qui ne le feront pas. Mais, comme vous l’avez peut-être remarqué dans votre propre expérience, ce type de bonheur pose plusieurs problèmes.

 

2. Nous ne sommes pas doués pour prédire ce qui nous rend effectivement heureux

Une des raisons pour lesquelles la poursuite du bonheur conditionnel ne fonctionne pas est parce que nous n’arrivons pas à prédire les conditions qui nous rendront heureux. Par exemple, plusieurs personnes pensent que de gagner à la loterie les rendra plus heureux. Mais les études indiquent que les gagnants ne s’en porte pas pour autant plus heureux qu’ils ne l’étaient avant. De même, nous arrivons mal à prédire ce qui nous rendra malheureux. La plupart d’entre nous prédirions que de devenir paraplégique affecterait notre bonheur. Mais la recherche ne soutient pas cette prédiction: les victimes paralysées à la suite d’un accident ne sont, au final, pas plus malheureuses qu’avant leur accident. Si nous étions bons pour prédire les conditions qui nous rendent heureux, nous nous attendrions à ce que les gens qui parviennent à obtenir ce qu’ils désirent soient plus heureux. Par exemple, les gens qui gagnent assez d’argent pour pouvoir déménager dans une grande maison, dans un quartier sécurisant, avec une belle femme et des enfants qu’ils conduisent aux meilleures écoles, au volant d’une voiture luxueuse, devraient être généralement satisfaits de leur vie. Pourtant, bon nombre des personnes les mieux nanties ne sont pas satisfaits de leur vie.

 

3. Les circonstances qui nous rendent heureux ne cessent de changer

Une autre raison pour laquelle le bonheur conditionnel ne mène pas au bonheur durable est que les conditions qui lui sont favorables sont changeantes. Si une chose est certaine, c’est que tout change, et pas toujours comme on le souhaiterait. Si vous avez ce que vous désirez, quelque chose fera défaut tôt ou tard. Par exemple, vous serez peut-être pris dans un bouchon de circulation, vos enfants se conduiront mal ou votre équipe de sports préférée perdra une partie décisive. Et même si les petits désagréments ne vous gênent pas, des changements plus importantes surviendront assurément: il se peut que vous divorciez, tombiez malade, perdiez un être cher, et vous finirez par perdre votre vie précieuse. Il n’y a pas de façon d’y échapper. Les choses ne demeurent pas comme nous le voulons. Alors si nous attendons que la vie coopère pour être heureux, il n’est pas surprenant que nous serons souvent déçus et que nous échouerons à trouver un bonheur durable.

 

4. Nous tenons nos désirs et nos attentes trop rigidement

Est-ce que cela veut dire que nous ne devrions jamais bénéficier des circonstances externes? Bien sûr que non! Elles peuvent nous apporter beaucoup de joie: donner naissance à nos enfants, être reconnu pour ses efforts au travail, profiter d’un souper avec de bons amis et sa famille, déguster un bon vin. Voilà toutes de bonnes raisons pour être heureux. Le problème survient lorsque nous nous accrochons trop fortement à ces conditions et que nous en avons besoin pour être heureux. Puisque tout change, et rarement à notre goût, de s’y accrocher trop sérieusement serait comme se brûler à serrer trop fortement une corde qui nous glisse entre les mains. L’invitation serait donc plutôt de tenir ces idées et attentes légèrement de façon à ne pas nous «brûler». En d’autres mots, de laisser les conditions aller et venir à leur guise. Chose certaine: l’idée n’est pas de nous débarrasser de nos désirs et de nos attentes. S’attendre à ne pas avoir d’attentes est une attente en soi! L’idée est d’être conscient que nous avons des attentes et d’être assez flexibles pour lâcher prise lorsqu’elles ne coopèrent pas.

 

5. Nous pensons que ce qui nous rendra heureux se trouve toujours à la prochaine sortie.

Peut-être pensez-vous que vous pouvez avoir le contrôle sur les circonstances de votre vie, pour vous assurez d’avoir ce que vous voulez. Mais pensez-y un instant: même si nous pouvions contrôler toutes les circonstances externes de notre vie et optimiser les conditions garantes de notre bonheur, cela ne sera pas un bonheur durable. Le problème est que nous nous adaptons rapidement à ce que nous avons et avons continuellement besoin de renouveler les conditions qui nous rendent heureux. Les psychologues parlent d’un «manège hédonique». Voici un exemple: dans les meilleures conditions, vous pensez que de se relaxer sur une plage en vacance vous apportera le bonheur. Alors après avoir réservé votre voyage, vous vous y rendez finalement. You arrivez et vous vous imprégnez du moment le plus possible, en écoutant les vagues et le vent, et en vous plongeant dans un bain de soleil. Mais voilà qu’après un certain temps, vous en avez assez. Vous vous dites que pour être vraiment heureux, il vous faut sortir dîner avec votre partenaire. Alors vous vous préparez, vous vous rendez au restaurant et commandez votre plat favori. Ceci saura certainement rassasier votre faim de bonheur. Alors vous mangez votre met délicieux, et avant-même que vous ne le réalisiez, vous avez trop mangé. Votre bonheur y est presque, mais il ne vous manque qu’une tisane réconfortante. Alors vous la commandez, profitez du liquide chaud, mais vous sentez que le bonheur n’y est toujours pas puisque vous sentez que votre vessie est trop pleine. Vous allez donc à la salle de bain et votre vessie s’en porte mieux, mais vous n’êtes pas encore pleinement satisfait; vous vous dites que de faire une agréable promenade de soirée vous apportera finalement ce qui vous satisfera. Le bonheur est tout prêt, alors vous faite une marche avec votre partenaire, mais après quelques minutes vous remarquez que vous avez froid à cause de la brise frisquette. Alors vous savez exactement ce qu’il vous faut pour être heureux: le chandail chaud dans votre chambre d’hôtel. Comme vous pouvez vous l’imaginez, cette logique peut continuer sans fin. La vie devient une succession de problèmes à régler. Une liste de choses à faire à ne plus finir, avec l’insatisfaction chronique de ne jamais avoir assez.

 

6. On recherche le bonheur dans le futur

De façon paradoxale, lorsque nous poursuivons le bonheur, nous nous retrouvons partout excepté là où nous pourrions effectivement le trouver: le moment présent. C’est comme être sur un bateau à moteur, à la poursuite d’un lieu sans vagues sur un lac. Le simple fait d’y rechercher le bonheur crée des vagues. Alors, peut-être de façon surprenante, la seule façon de trouver un endroit sans vagues est d’arrêter d’en chercher, et d’arrêter le bateau. En d’autres termes, ne pas essayer d’aller ailleurs pour être heureux est la seule façon de trouver le bonheur. La recherche montre que lorsque notre esprit erre vers un futur ou un passé imaginaire qui est (ou qui a été) mieux que ce moment, nous somme en fait moins heureux que si notre esprit demeure en présence de ce qui se passe maintenant.

 

LA SOLUTION: Apprendre à habiter le moment présent

Le moment présent est le seul moment où nous pouvons vraiment être heureux. Pensez-y, à quel autre moment pourriez-vous faire l’expérience du bonheur? Peu importe le moment où l’on arrive là où l’on veut, c’est toujours et encore maintenant. Alors pour trouver le bonheur durable, le défi est de voir si, au lieu de vivre constamment «entre deux moments» – en route vers un meilleur moment – nous pouvions appréciez que nos corps sont en train de respirer et que nous sommes vivants. Puisque nous sommes vivants, ceci veut dire qu’à tout moment, nous pouvons nous mettre à l’écoute de nos sens et voir l’extraordinaire dans l’ordinaire; tel que sentir la texture du volant lorsque nous sommes pris dans un bouchon de circulation, ou remarquer un moment de tendresse entre une mère et son enfant dans la file d’attente. En fait, vous pourriez bien ne plus avoir l’impression «d’attendre», puisque vous n’avez plus besoin que quelque chose d’autre arrive pour être heureux. Vous l’êtes déjà. La recherche suggère que de prendre le temps de savourer et d’être délibérément reconnaissant, même pour les petites choses, nous rend heureux. La recherche indique aussi que ramener notre attention à l’instant présent dans notre vie quotidienne nous rend plus heureux. La pratique de la pleine conscience est l’acte continuel et choisi de s’éveiller à ce qui se passe dans le moment présent. Pratiquer la pleine conscience signifie cultiver justement le contraire du bonheur conditionnel: être heureux sans aucune raison, indépendamment de si nous vivons quelque chose d’agréable, de neutre ou de désagréable. Il s’agit d’apprendre à s’ouvrir à tout ce qui est déjà ici et de réaliser que ce qui émerge à chaque moment est suffisant. C’est la compréhension que nous n’avons pas besoin d’atteindre quoique ce soit pour être heureux; que nous pouvons être heureux maintenant, peu importe ce qui arrive. Voici la recette pour un bonheur durable!

 

Julien Lacaille