iphoneDès la première vibration d’une notification Twitter, notre regard diverge presque automatiquement vers le téléphone, et ce, même en rencontre client. Notre pouls s’accélère à la vue de trois nouveaux « j’aime » sur un statut Facebook. Impossible de terminer l’entrée au restaurant sans avoir dûment documenté l’assiette sur Instagram.

Sommes-nous dépendants aux réseaux sociaux?

Assurément, certains de ces comportements ressemblent à de la dépendance, et plusieurs d’entre nous reconnaissent qu’il serait difficile de passer une journée complète sans se connecter à nos vies virtuelles. Est-ce vraiment problématique? Après tout, Facebook, Instagram et les autres plateformes de réseautage social nous sont utiles pour le travail et représentent un puissant outil de promotion. Ils sont ludiques et aident les gens à rester connectés entre eux.

Quand et comment considérer que cette habitude est devenue une dépendance?

Dans une récente apparition à Télé-Québec, le Dr Joe Flanders, directeur de la clinique MindSpace, s’est joint à un panel d’experts pour discuter de la dépendance aux réseaux sociaux. Selon ceux-ci, l’utilisation abusive des médias sociaux se transforme en dépendance lorsque celle-ci interfère avec la capacité de bien fonctionner en société : au travail, dans les relations et dans les autres sphères composants nos interactions sociales. Si votre utilisation de Facebook vous cause des problèmes avec votre patron, ou si votre conjoint ne supporte plus que vous ne puissiez jamais finir de déjeuner sans Instagram, il y a effectivement un problème.

Une étude en imagerie du cerveau démontre clairement que les zones du cerveau où se manifeste le plaisir sont stimulées lorsqu’un sujet atteint d’un problème de jeu est exposé à l’image d’un casino. Même chose avec un fumeur répondant à l’image d’une cigarette. Le Dr Flanders soupçonne que le même phénomène serait observable chez un utilisateur frénétique de réseaux sociaux exposé à l’image d’un iPhone présentant l’icône rouge de notification Facebook. Il ajoute également que ces notifications sont du domaine de ce que les psychologues appellent un « programme de renforcement intermittent » ce qui veut dire que le sujet ne sait jamais exactement quand il sera récompensé avec un commentaire ou un j’aime. Cette stimulation aléatoire est plus puissante qu’un système de récompense régulier.

La pleine conscience et les médias sociaux

La pleine conscience est un bon outil pour gérer l’utilisation des réseaux sociaux. Voici quelques conseils utiles :

1) Réservez une plage horaire déterminée et limitée pour la mise à jour de vos profils. Nous avons tous déjà vécu cette expérience en arrivant au bureau : « Je vais seulement regarder Facebook une seconde avant de commencer à travailler » pour ensuite vous retrouver à perdre une heure à regarder et commenter des photos ou des statuts. Planifier des périodes pour se connecter et déconnecter peut vous aider à regagner ce temps. Par exemple, vous pourriez réserver 30 minutes après le souper pour publier toutes les photos destinées à Instagram prises au cours de la journée, au lieu de le faire au fur et à mesure. Vous pouvez également décider de réserver une plage horaire tous les soirs de 20 h à 21 h en guise « d’heure Twitter » après quoi vous vaquez normalement à vos activités.

2) Interrogez-vous; utilisez-vous les réseaux sociaux délibérément, ou tout simplement parce que vous vous ennuyez, ou par habitude? Devez-vous absolument savoir ce qui se trame sur les réseaux sociaux, ou procrastinez-vous délibérément au travail? Bien que l’utilisation consciente et délibérée des réseaux sociaux puisse nous connecter entre nous et enrichir nos vies, l’utilisation frénétique peut nous déconnecter de nous-mêmes, des autres et du moment présent. Avant de vous connecter la prochaine fois, demandez-vous si ce moment correspond à vos valeurs, vos priorités et vos objectifs de la journée.

3) Interrogez-vous à nouveau; vos impulsions à vous connecter correspondent-elles à des réflexes émotionnels? Dans une récente entrevue à l’émission de Conan O’Brien, le comédien Louis C.K. a lancé l’hypothèse que nous utilisions les réseaux sociaux pour éviter l’inconfort survenant dans les moments de solitude, de dépression ou d’oisiveté, et ce d’une manière hilarante. Plusieurs d’entre nous sont en effet très inconfortables dans une situation d’ennui. Et nous nous connectons pour pallier cet inconfort. Quand Louis C.K. a suggéré que nous devions « développer les habilités afin d’être, sans nécessairement faire quoi que ce soit, simplement être assis stoïquement lorsque le vide nous envahit » il décrivait la méditation pleine conscience. Comme il le disait si bien lors de son entrevue : « C’est exactement ça, être une personne ».

Louis C.K. a ensuite décrit un épisode de tristesse qui l’a « frappé comme un camion ». Comme un véritable gourou de la méditation pleine conscience, le comédien a partagé comment il a pu transformer sa tristesse en joie profonde; avec ouverture et résilience. Son point était : quand nous craignons ou refusons de ressentir une émotion, nous nous tenons en état semi-conscient de déni constant, ce qui nous empêche de vivre pleinement et d’expérimenter des émotions totalement positives. Nous nous privons volontairement du bonheur et de l’accomplissement qui se développent lorsque nous sommes prêts à faire face aux événements de la vie, bons ou mauvais. La prochaine fois où vous ressentirez l’urgence de partager sur Twitter ou Instagram, prenez une seconde pour prendre conscience de votre état émotionnel. Êtes-vous triste, frustré ou jaloux? Pouvez-vous, même pour une minute seulement, prendre un moment pour vivre cette expérience seul? Que se passe-t-il?

4) Utilisez toute cette technologie sociale pour vous aider à être plus conscient. Plusieurs sites web et applications donnant du soutien dans le développement de la conscience existent déjà. Essayez de programmer une alarme qui vous rappellera de prendre quelques minutes pour bien respirer chaque heure de la journée, ou téléchargez une séance de méditation guidée pour votre téléphone.

bellFBLa pleine conscience ne veut pas dire l’abandon de toute plateforme sociale. Elle vous encourage seulement à éviter l’utilisation automatique et habituelle en faisant des choix réfléchis et sages à propos d’où et quand vous utiliserez ceux-ci.