Dr Joe Flanders

Des avancées récentes en neurosciences ont révélé que le cerveau est neuroplastique, ce qui signifie que la structure et le fonctionnement de ses réseaux neuronaux s’adaptent constamment pour répondre aux exigences de la vie courante. Fait particulièrement intéressant, la neuroplasticité peut être autodirigée, c’est-à-dire que nous pouvons délibérément favoriser certains états du cerveau. Nous pouvons entraîner ce dernier pour le prédisposer au bonheur, à la résilience et à la compassion, par exemple.

Si vous avez déjà tenté d’entraîner vos facultés mentales, vous savez combien l’exercice est difficile. Même après une vingtaine d’années à pratiquer la pleine conscience, mon esprit continue d’évoquer des souvenirs du passé teintés de regrets, des commentaires actuels porteurs de jugements et des visions pessimistes de l’avenir. Ces histoires me préoccupent beaucoup moins qu’avant, mais je me demande tout de même pourquoi il est si difficile de chasser les pensées négatives.

Selon certains psychologues, la persistance de ces pensées s’explique par la façon dont notre cerveau a évolué, en intégrant le penchant négatif. D’un point de vue évolutif, il est plus pressant de fuir les dangers, comme les prédateurs et les voisins hostiles, que de chercher les choses gratifiantes, comme se nourrir, s’abriter et avoir des relations sexuelles. Autrement dit, mieux vaut ne pas manger que d’être mangé. Ainsi, depuis des millions d’années, les animaux qui sont particulièrement attentifs au danger sont plus susceptibles de survivre et de se reproduire que ceux qui ne le sont pas. Qu’on le veuille ou non, nous descendons d’animaux dotés d’un penchant négatif.

Les signes du penchant négatif sont partout. Imaginez que votre patron évalue votre travail. Même si 95 % de ses commentaires sont positifs, il y a fort à parier que vous retiendrez avant tout les quelques points négatifs. Songez à la place qu’occupent dans votre esprit les pensées négatives par rapport aux pensées positives. Certains chercheurs croient que les gens ont en moyenne quatre pensées négatives pour chaque pensée positive.

Malheureusement, ce penchant négatif est la source d’une quantité énorme de souffrances inutiles. Il nous prédispose au stress chronique, affecte notre humeur et nuit à notre performance au travail. Si nous parvenions à renverser ce penchant, ou du moins à l’atténuer, nous verrions une foule d’effets positifs sur la pensée, la créativité, la confiance en soi et le courage. Nous serions mieux dans notre peau et plus heureux au jour le jour.

Comment faire pour conditionner le cerveau au bonheur, lui qui agit comme du velcro pour les mauvaises expériences et comme du teflon pour les bonnes? Voici trois principes clés pour vous guider dans votre entraînement :

Conscience – Puisque le penchant négatif du cerveau a tôt fait de mettre l’accent sur les expériences négatives, nous devons nous exercer à ne penser qu’à des expériences positives assez longtemps pour lui permettre de les métaboliser et de les intégrer. Nous devons mieux assimiler les idées positives. En plus de favoriser l’énergie positive, cet exercice nous fait prendre conscience de ce qui alimente notre énergie et de ce qui l’épuise.

Responsabilité – La neuroplasticité signifie que nous avons la possibilité de modeler notre cerveau grâce à nos décisions et à nos actions. En ce sens, nous détenons un pouvoir remarquable, qui nous rend responsables de ce que nous pouvons changer. Peu importe les circonstances, il nous revient toujours de choisir l’attitude à adopter, même dans les situations difficiles. 

Action – Vous avez sans doute remarqué que les pensées négatives tendent à en attirer d’autres. L’angoisse et les tiraillements peuvent même faire partir notre humeur en vrille.

Pour éviter de s’enliser, il faut agir. Il n’est pas toujours nécessaire de prendre les grands moyens; même de petits gestes peuvent nous aider à avancer.

Essayez d’appliquer ces principes à votre entraînement cérébral. Vous pourriez en constater les effets positifs sur votre humeur.